Emmuré dans mes croyances

La Pocatière, le 29 mai 2015

Il y a une certaine paix qui s’installe dans la maison – il y a moins de tension en tout cas – lorsqu’elle s’absente. Je l’ai senti lorsqu’elle est partie pour une semaine. Même si je ressens le stress de tout avoir à faire et que c’est difficile par moments, surtout lorsque les enfants sont malades, on parvient à trouver une routine. J’ai même senti une plus grande autonomie chez mon plus jeune lorsque je suis seul avec eux. J’ai eu de belles discussions avec lui et il me semble épanoui, même s’il y a des moments où il s’ennuie de maman. Il voulait voir ses amis, il voulait aller au parc, il avait une belle attitude.

Les discussions que j’ai avec ma psychologue me brassent les idées. Toutes mes idées taboues sur mon accomplissement personnel, mes désirs profonds, inavoués, dont je n’ai jamais parlé à quiconque, pas même à elle, je les ai exposés hier soir. Je ne m’attendais pas à discuter de cela. Mais voilà, j’en ai parlé. Je suis en train de débroussailler un chemin dans ma jungle intérieure. Je commence à enlever les briques de ma forteresse, une à une.

Je découvre peu à peu les causes de ce sentiment de manque d’accomplissement, de ce manque de reconnaissance que j’ai toujours ressentis, malgré les bonnes choses que j’ai accomplies jusqu’à maintenant. Ce sentiment de ne pas être à la hauteur, de ne pas être tout ce que j’aurais pu être, de ne pas avoir fait quelque chose de vraiment remarquable et d’important. J’ai parlé de ma honte face à ces mêmes sentiments. Comment je me trouve prétentieux d’avoir de telles pensées, comment je crois que ça sonne égocentrique comme point de vue. J’ai fait un lien également pour tenter d’expliquer ma retenue face à mon développement académique et professionnel, avec mes craintes face l’échec.

Mais ce qui m’a vraiment brassé intérieurement, que ma psychologue m’a fait réaliser et qui m’ébranle encore plus aujourd’hui, est un concept beaucoup plus fort  : La peur du succès. L’idée que je me suis retenu de faire plus jusqu’à maintenant parce j’ai peur que les autres se sentent mal face à mon succès. Peur qu’elle se sente mal. Pourquoi devrais-je accomplir de grandes choses côté carrière, alors qu’elle a du mettre la sienne de côté en raison de sa santé et parce que nous avions subséquemment fait le choix de vivre sur mon seul salaire afin qu’elle puisse mieux s’occuper des enfants?  Pourquoi aurais-je voulu aller chercher un diplôme d’études supérieures? Ça me semble prétentieux de ressentir un manque au niveau de mes accomplissements et de vouloir faire plus, dans ces circonstances.

Et puis on se débrouillait bien, alors pourquoi vouloir faire plus? Ça fait prétentieux de vouloir faire plus, de vouloir accomplir quelque chose de remarquable. En même temps je me sens inaccompli et qu’il me manque quelque chose. Je ne me sens pas à la hauteur lorsque je côtoie ceux et celles qui ont fait des études supérieures ou qui ont une carrière extraordinaire. Je me sens ordinaire, générique, sans intérêt face à eux. Quel paradoxe! Je me sens bloqué, incapable d’avancer. Je sens que je n’ai ma place nulle part et je ne sais pas quelle direction prendre.

Mon vrai moi est resté enfermé tellement longtemps. Il étouffe sous les rangées de briques et de pierres de ma forteresse intérieure. J’ai enlevé quelques briques et un mince filet d’air frais commence à s’infiltrer parmi les interstices de ma muraille. Je veux continuer à démolir ces murs. Je veux que la lumière entre et que l’espoir renaisse. Je veux que mon vrai moi soit libéré. J’y travaille.